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« Designing for a better world starts at school » « Le Design : pour qu’un monde meilleur commence à l’école »

18 décembre 2014

« Designing for a better world starts at school » « Le Design : pour qu’un monde meilleur commence à l’école »

Traduction de la conférence “Designing for a better world starts at school” de Rosan Bosch lors du TEDxIndianapolis du 17 novembre 2013.

« J’aimerais vous parler du « Design » comme un outil pour le développement, comme objet pouvant changer la société. Avant de vous parler de ce que le « Design » peut apporter à l’école, j’aimerais juste dire quelques mots à propos du sens de ce terme. « Design » peut signifier beaucoup de choses. Pour moi, « designer », c’est former, façonner des éléments, travailler l’esthétique. D’une certaine façon, le design, c’est l’art de la séduction. Mais ce sens est selon moi limité car le design offre des possibilités bien plus vastes : intervenir sur un environnement peut changer notre façon de penser, de fonctionner, de ressentir, de jouer, de réagir.

J’ai deux adorables garçons, Laids et Mylan, et un jour j’ai eu à les emmener à l’école. Je les y ai donc emmenés ces garçons extrêmement curieux ayant vraiment soif d’apprendre, de comprendre le monde, de tout capter. Et alors doucement mes enfants sont revenus vers moi en étant démotivés et en me disant des choses comme « tu sais maman, l’école, les devoirs, c’est ennuyeux, je m’ennuie ». L’école est partagée équitablement entre le plaisir d’apprendre, et l’ennui… Quand ils me parlent du temps libre, par contre, ils sont enthousiastes et pour eux, la vie est hors de l’école !

Je n’étais pas d’accord avec leur vision. Je suis donc allée parler à leur professeur. J’ai dit que j’avais le sentiment que mes enfants me glissaient des doigts, étaient agités, perturbés et leur professeur m’a répondu qu’elle était désolée et qu’elle essayait vraiment de différencier son enseignement selon les élèves mais que, étant seule avec 30 enfants dans une pièce, son action était très limitée, elle ne disposait pas des ressources nécessaires pour adapter sa pédagogie aux besoins des différents élèves : « Il y a toujours des enfants qui peuvent suivre et d’autres qui ont du mal… m’expliquait-elle, donc, je peux isoler un petit groupe d’élèves mais pendant que je leur explique, les autres s’ennuient. » C’est à ce moment là que j’ai ressenti une volonté forte d’utiliser mon habileté pour le design, mon « art de séduction », pour l’aider, elle. C’est là que j’ai souhaité utiliser le design comme un outil d’aide à l’épanouissement des individus parce que je crois vraiment que nous ne sommes pas seulement nés avec les besoins de manger, boire, se reproduire, mais nous sommes aussi nés avec le besoin d’apprendre et de nous épanouir. C’est ce qui nous rend humains et si on ne prend pas suffisamment en compte ces besoins, on devient malade, stressé, nos cheveux deviennent gris…

La motivation, notre leitmotiv

J’ai donc commencé à mettre mon talent au service des écoles et des personnes qui la fréquentent. Au début, j’ai réalisé des écoles qui étaient toujours classées dernières. Puis, un jour, j’ai eu une grande opportunité. Une organisation suédoise nous a appelés pour construire une école entière, de A à Z. On a formé une équipe, rassemblé des anciens élèves de l’école, âgés de 9 à 16 ans, des professeurs de différentes écoles, des créateurs issus du département du développement. On a commencé en se disant que la chose la plus importante de cette nouvelle école, le leitmotiv serait « la motivation ».

Nous allions construire une école que les enfants ne voudront plus quitter, où, le matin, quand la mère appellera son fils : « Chéri, où es-tu ? », il sera déjà parti à l’école. Une école où ils arriveront bien avant l’heure des premiers cours, une école où ils pourront développer leur joie d’apprendre !

Pour cela, nous avons décidé de relier trois éléments forts : la pédagogie, le design, et l’organisation spatiale. Pas de longs couloirs desservant une file de salle de classe car ils n’offrent pas la possibilité aux enseignants de changer de méthode d’apprentissage, de passer du collectif à l’individuel, de l’atelier au cours plus théorique, bref de pratiquer des pédagogies différenciées ! Mais, si on enlève tous les couloirs et toutes les salles de classe et que les enseignants veulent pratiquer une pédagogie traditionnelle, des problèmes se poseront également.

Les échanges avec les jeunes et les professeurs ont été extrêmement productifs mais nous buttions sur la question de savoir comment traduire, dans l’architecture et le design, tous ces apports. Nous avons croisé les demandes fortes exprimées par les élèves et les enseignants avec les différentes méthodes d’apprentissage existantes, les objectifs d’apprentissage et nous en avons déduit les besoins réels des élèves pour apprendre. Nous avons ainsi repéré 5 besoins fondamentaux que nous avons transformés en 5 types d’espaces pour apprendre : « Mountain », « Cave », « Camp Fire », « Watering hole » et « Hands on ».

Cinq espaces pour apprendre

Le premier espace, le « Mountaintop », est un espace de communication où une personne face à un groupe présente un sujet, une peinture... Elle y dispose d’un support pour accrocher ou montrer des éléments.

Le second est le « Cave education » : c’est un lieu de travail individuel permettant de se concentrer, de s’isoler, de se retrouver seul avec soi. Chaque enfant est différent et, lors des consultations, certains enfants nous ont dit vouloir voir les autres, d’autres nous ont exprimé leur désir d’avoir, au sein de l’école, un endroit pour s’isoler, se cacher, se concentrer.

Le troisième est le « Campfire ». Il répond au besoin des situations d’apprentissage en petits groupes dans lesquels on peut discuter librement sans déranger les autres. Puis, nous avons le « Watering hole ». C’est un lieu où l’on se rencontre occasionnellement, généralement un quart d’heure. C’est un espace de libre circulation facilitant les échanges informels et rapides.

Le dernier est appelé « Hands on » : « c’est un espace dans lequel on peut se mouvoir, utiliser son corps, fabriquer, disséquer… Nous avons besoin d’utiliser notre corps, c’est un outil d’apprentissage. Nous avions donc envie, en tant que designer, de leur procurer un tel endroit permettant de bouger, faire du bruit, manipuler, expérimenter… ». Ces cinq espaces se répètent plusieurs fois dans l’école et leur situation a été également très réfléchie pour permettre une grande autonomie des élèves dans leur apprentissage et des enseignants dans leurs choix pédagogiques.

Pour matérialiser ces espaces, nous avons élaboré un plan d’ensemble de l’école que certains ont traduit par « école sans mur ». Ceci est idiot car nous n’avons pas construit une école sans mur. C’est une école où les groupes se rencontrent un matin à un endroit puis, plus tard, dans d’autres, c’est un environnement flexible. La flexibilité est un mot avec plusieurs significations et applications. Souvent, quand je parle de flexibilité avec les gens, ils me demandent pourquoi ne pas mettre des chaises et des tables sur des roues avec des murs amovibles, je leur retourne la question en leur demandant « Dans cette pièce, qu’est-ce qui est le plus flexible ? » - C’est vous ! Votre corps.

Visitons l’école !

Cette école est très spéciale, elle ne fonctionne pas comme une école traditionnelle avec un adulte, une classe et 30 élèves ! C’est une école où élèves et enseignants disposent d’un très haut niveau de liberté et sont reconnus dans leur individualité. C’est une école où l’enfant apprend à repérer la méthode d’apprentissage qui lui convient le mieux.

Le « mountaintop » est situé au milieu de l’école, il relie 2 étages. Juste en face se trouve un environnement typique de style « hands on » avec des tables où les élèves peuvent manipuler plusieurs sortes de matériaux.

Au niveau du « mountaintop », vous pouvez voir un escalier, une sorte de théâtre pouvant accueillir une centaine de personnes. On peut s’asseoir pour étudier. Et, dans le fond, vous pouvez voir ce que l’on appelle des box de concentration. Ces petits boxes sont situés près de la fenêtre, ce sont des boxes d’une personne. Les élèves ont besoin, à l’école, comme ils pratiquent beaucoup de travaux artistiques, d’une place où ils peuvent être seuls afin de travailler leurs matériaux. A l’intérieur du « mountaintop », il y a un petit cinéma. Je dois vous préciser que lorsque les enfants entrent dans cette école (de 6 ans à 12 ans), ils reçoivent un ordinateur portable. Ils utilisent plusieurs sortes de technologies digitales, car les technologies de l’information et de la communication sont très intégrées dans leur environnement, dans leur vie de tous les jours.

Là, nous sommes de l’autre côté de l’école. Parce que c’est une école sans salle de cours mais avec plusieurs espaces, plusieurs formes d’espaces, nous avons eu à trouver un mode d’organisation. Vu que l’on ne peut pas dire aux enfants qu’ils doivent être à 14 heures en cours d’anglais, salle 110, on a dû créer un « marqueur d’identité » par exemple anglais, à 11 h, sous l’arbre.

Là, devant cet arbre, c’est une table « organique », une création visant à contrecarrer les tables traditionnelles où l’on se sent toujours à des distances trop longues ou trop courtes des autres. Nous voulions une table pour un groupe où on serait en parfaite disposition et qui permette aussi de se voir différemment.

On a aussi créé un « window post » (lieu près des fenêtres avec des marches et des renfoncements où les élèves peuvent s’isoler). Vous pouvez vous cacher grâce à cela, et, si vous entendez quelque chose d’intéressant, vous pouvez dire « ok, je viens participer ». Vous n’avez qu’à vous lever et regarder ce qu’ils font. Vous apprenez de la situation.

Là, c’est une situation typique de « watering hale » (lieu de rencontre occasionnelle, lieu d’échanges). Ce n’est pas une table mais quelque chose sur le sol car les enfants avec qui nous avons travaillé, nous ont dit qu’ils ne voulaient pas qu’il y ait beaucoup de chaises, de tables, ou de tableaux mais qu’ils préféraient être assis sur le sol avec leur ordinateur sur les genoux. Donc nous avons essayé de créer cette chose pour eux mais ensuite ils nous ont dit : « Pourriez-vous faire en sorte que l’on soit 5, voire 8, à pouvoir être dessus ensemble à regarder le même PC ? » (C’est extrêmement difficile). J’ai fait cela pour vous montrez comment le « watering hale » peut créer plusieurs environnements de travail. Car qui a dit que nous devions être assis à une table pour apprendre !

Ici, c’est au milieu de l’école, cela s’appelle le labo multimédia « Media Lab », c’est une petite maison avec plusieurs pièces à l’intérieur. Ils ont un « Labo du Sound » pour travailler avec des animations numériques, avec des cartes sound et des ordinateurs. Et l’extérieur de cette maison est recouvert de tableau noir que vous pouvez utiliser pour écrire. C’est un petit tour que l’on a réalisé pour le rendre agréable mais les enfants adorent car cela accroît leur liberté : liberté de faire le tour, d’écrire ici et là, liberté de s’asseoir où ils se sentent le mieux. On leur donne la possibilité d’apprendre par eux-mêmes. On leur donne cette passion pour la vie, d’apprendre cette joie de vivre.

Là, nous sommes dans la situation plus typique d’une salle de cours. Parce que oui, parfois il faut aussi se retrouver dans une situation traditionnelle de cours. Je pense que la chose la plus importante pour moi avec cette école a été de donner à ces enfants le sentiment qu’ils sont individuels, avec des besoins personnels. Et oui, ils sont différents : certains ont besoin d’un environnement bien silencieux et ils peuvent l’avoir et peut-être que d’autres ont besoin d’un environnement où ils peuvent converser continuellement avec les autres afin de développer leur pensée et ils peuvent avoir cela également !

C’est une école qui vous respecte comme une personne, comme une individualité et c’est le meilleur moyen de préparer nos enfants pour le futur parce que nous ne savons pas de quoi ce futur sera fait ! Car on ne peut pas prédire le futur mais on peut préparer ses enfants qui ont encore et auront encore à apprendre, qu’importe ce dont ils auront besoin d’apprendre dans le futur, afin de se développer pour le reste de leur vie.

Là, c’est une maison et vous pouvez la louer si vous êtes un petit groupe et vous pouvez aussi la décorer.

Et ici c’est le « dance home », une pièce insonorisée au cœur de l’école. Vous pouvez y faire ce que vous voulez qui nécessite de faire du bruit. Parce que, bien sûr, le bruit est un problème dans une école comme ça. On doit planifier attentivement, dans un environnement d’éducation, où l’on peut faire du bruit et où l’on doit être silencieux. Les gens parlent à propos de cette école, l’école sans mur, de la sorte : « Personne ne peut se concentrer », « Personne ne peut apprendre ». Mais ce n’est pas vrai. C’est juste un environnement où vous naviguez sur la base de vos propres moyens. Et oui, il y a des places où vous pouvez faire beaucoup de bruit et il y en a où vous pouvez vous concentrer. Parce que le design indique la façon de se comporter. Donc, pour finir, j’aimerais dire que depuis que j’ai commencé ce travail du design, utilisé mon « habileté à séduire » pour les écoles, cela a été très satisfaisant ! Je me sens vraiment utile à la société et à notre futur parce que je sens que je donne à ces enfants une longue vie de joie à apprendre. En fait, je ne leur donne pas, je les guide parce qu’ils l’ont déjà. Et j’essaie juste d’imaginer ce qui va arriver au monde avec ces écoles qui développent le potentiel de tous ces enfants, avec toute cette joie et leur goût pour découvrir et défier le monde.

Traduit de l’anglais par Boris Zablot

>>> Téléchargez ici l’article paru dans le n°243

In YouTube. Last modified 17 novembre 2013. http://www.youtube.com/watch?v=q5mp.... Et le texte intégral de la traduction : Voir aussi le site de l’Agence Rosan Bosch, Copenhague : http://www.rosanbosch.com/en Et l’excellent article de Thot Cursus : http://cursus.edu/dossiers-articles...

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